Interview d’Amandine Forgali et Aurore Carlier autour de Machiavélique reconquête par Chloé Boffy

Quatrième de couverture : « En sauvant un enfant de la noyade, ma belle Pauline s’est métamorphosée : non seulement la Louve manipulatrice est devenue une Bergère empathique, mais pire encore, elle n’a plus aucun souvenir de son passé avec moi ni de notre amour. Mais maintenant que j’ai enfin retrouvé sa trace, je suis prêt à tout pour la reconquérir, même aux manigances les plus… machiavéliques ! »

 

Bonjour Amandine et Aurore,

Pouvez-vous nous parler un peu de vous, vous présenter ?

Amandine : Je suis maman de trois enfants et j’habite dans les belles campagnes du Gers. Machiavélique reconquête est mon dixième projet littéraire.

Aurore : C’est toujours difficile, cet exercice de présentation… Surtout que j’ai tendance à croire que l’intérêt des lecteurs se porte plus sur les histoires que sur celui ou celle qui les raconte. Mais bon, que dire ? J’ai 34 ans, je suis toulousaine de naissance et j’ai toujours vécu dans la région. Puis, par le biais de notre passion commune, j’ai rencontré Amandine.

 

Machiavélique reconquête vient de sortir chez Lune-Écarlate, comment avez-vous eu l’idée de cette histoire ? Bref, comment présenteriez-vous votre roman ? 

Amandine : L’idée de départ est venue d’Aurore. Après quelques discussions et moult réflexions, on a décidé de se lancer, en écrivant un chapitre chacune. Si nous avions un infime fil conducteur, il faut reconnaître que l’histoire a évolué au gré de notre inspiration au fur et à mesure des chapitres. En effet, nous n’avions aucune idée de ce que l’autre écrirait. C’est une expérience très enrichissante.

Aurore : Avec Amandine, ça fait un moment qu’on se connaît et qu’on écrit parfois ensemble. Au départ, à titre d’expérience un peu délirante, où je me rappelle m’être bien amusée, à se renvoyer la balle de chapitre en chapitre, au gré de notre inspiration. Puis, je me suis dit, pourquoi ne pas passer de l’amusement à un vrai projet mûri ? E,t pour ma part, mon personnage est beaucoup inspiré d’une certaine catégorie de personnes qui a malheureusement croisé ma route.

 

Pourquoi avoir choisi Lune-Écarlate, une toute jeune maison d’édition, qui plus est, principalement numérique ?

 Amandine : Je suis de près cette maison d’édition depuis pas mal de temps déjà et je souhaitais vivement faire partie des auteurs talentueux qui la composent.

Aurore : Déjà pour la politique éditoriale de la maison qui correspond à mon style d’écriture. J’écris principalement des romans fantastiques d’horreur, bien qu’il devienne de plus en plus difficile d’effrayer les gens et qu’on aspire toujours à se perfectionner. En tant que jeune maison édition, elle était susceptible d’être plus ouverte à des auteurs débutants, du moins me concernant. Pour finir, nous sommes dans l’Ère du numérique. Donc, même si j’adore avoir de bons vieux gros bouquins chez moi, j’ai aussi ma liseuse. Et puis, il faut vivre avec son temps. En fait, avec Lune-Ecarlate, on était faites l’une pour l’autre.

 

Quelles sont vos petites manies quand vous écrivez ?

 

Amandine : Je peux écrire n’importe quand, n’importe où, avec ou sans bruit de fond. Ma seule petite manie est que, parfois, pour m’aider à trouver les mots et à décrire certaines scènes, je mime ce que j’écris. Lorsque j’écris une bagarre, je me retrouve donc toute seule à faire de grands gestes, et c’est plutôt cocasse.

Aurore : Alors deux choses me sont indispensables lorsque j’écris : ma musique et mon mug de chocolat chaud ! Quoique j’ai aussi une bonne tolérance à la tisane et au thé… Mais, il me faut ma petite boisson.

 

Si vous aviez été une créature ou un personnage célèbre qui auriez-vous aimé être ?

Amandine : Le schtroumpf grognon. Il râle en permanence, mais, sous ses airs bougons, il a un cœur d’or. Il faut juste gratter un peu pour s’en apercevoir…

Aurore : Un phœnix. J’ai toujours beaucoup aimé la symbolique de cette créature, avec sa dualité, avec ses côtés immortel et renaissance. Et puis, son aspect en tant qu’oiseau de feu ressemblant à un aigle géant est magnifique, je trouve.

 

Et si vous étiez un personnage de votre roman, préféreriez-vous être un Loup ou un Berger ?

Amandine : Un Berger, sans hésitation. De plus, j’aurais adoré avoir le don de pouvoir guérir les autres…

Aurore : Je pense que je préfèrerais être un Loup. Juste pour voir comme ça fait.

Amandine : Du coup, sans le faire exprès, on a bien choisi nos personnages respectifs !

Aurore : Oui, tout à fait, même si dans la vraie vie, je suis plutôt à tendance Bergère.

Amandine : Ne tente pas de te rattraper, c’est trop tard, tu es démasquée ! Gnark, gnark, gnark ! (Je plaisante ! Je confirme qu’en réalité, Aurore est plutôt Bergère).

 

Quels sont vos projets d’écriture ?

Amandine : Ma tête est remplie de projets. Trois d’entre eux sont en cours, les autres mûrissent. Il me reste juste à trouver le temps, la motivation et l’inspiration pour faire naître tout ça.

Aurore : Actuellement, je suis sur la relecture d’un roman que j’avais mis au placard et qu’on m’a donné la chance de pouvoir ressortir. Pour ce faire, j’ai dû interrompre l’écriture d’un autre. Ce qui me fait au moins deux projets d’écriture concrets, mais surtout des idées plein la tête et le cahier.

 

Si tu devais convaincre les potentiels lecteurs de Machiavélique reconquête en une seule phrase, quelle serait-elle ?

 

Amandine : Si vous aimez les romances, les batailles entre le bien et le mal et l’humour noir, n’hésitez pas à vite dévorer cette histoire.

Aurore : Pour savoir ce qu’est une Machiavélique reconquête, faite dans les règles de l’art, vous savez quoi lire…

 

 

Merci d’avoir consacré du temps à nos lecteurs.

Amandine et Aurore : Merci à Lune-Écarlate pour cette interview.

 

 

 

Machiavélique reconquête (extrait)

Nous vous l’avions promis, le voici. Une excellente découverte à toutes et à tous.

Machiavélique reconquête d’Amandine Forgali et Aurore Carlier sort ce 15 novembre prochain au petit prix de 2,99 €.

Quatrième de couverture :

« En sauvant un enfant de la noyade, ma belle Pauline s’est métamorphosée : non seulement la Louve manipulatrice est devenue une Bergère empathique, mais pire encore, elle n’a plus aucun souvenir de son passé avec moi ni de notre amour.

Mais maintenant que j’ai enfin retrouvé sa trace, je suis prêt à tout pour la reconquérir, même aux manigances les plus… machiavéliques ! »

Extrait :

Même si j’avais prévu de la voir à un moment donné, sa voiture encore garée devant chez l’aïeule me trouble, car Pauline devrait déjà avoir terminé son service. Tandis que je m’efforce de trouver une explication plausible, mon cœur se met soudainement à palpiter, comme celui d’un adolescent de quinze ans. À ce trouble se rajoutent mes pensées, qui s’entassent pêle-mêle dans ma tête, dans une cacophonie insensée. La première idée qui me vient à l’esprit : braquer mon fidèle destrier dans le sens du soleil couchant, pour éviter cette confrontation inopportune. Toutefois, mon égo masculin affublé de ma fierté mal placée m’incite plutôt à affronter le danger. De quel danger je parle ? Ce petit bout de femme adorable d’à peine un mètre soixante au regard perçant ne peut pas me faire grand-chose. À la rigueur, la bique décrépie dont elle s’occupe me fait davantage peur.

Pourtant j’hésite, campé sur ma moto, moteur toujours allumé, mes yeux fixés sur cette dérangeante Twingo rose bonbon comme si je pouvais la faire disparaître grâce à mes dons de téléportation. Or, à mon grand regret, ceux-ci ne font pas partie de ma palette de super-méchant. Qu’a-t-il pu arriver à cette vieille peau qui puisse retenir ainsi Pauline ? La fugitive possibilité d’une mort brutale irradie mes neurones. Il est vrai que le tas d’os ne respirait pas la santé ces derniers temps, surtout que mon Influence a tendance à être fatigante pour ceux qui la subissent. Cependant, l’absence de véhicules médicalisés semble infirmer mes propos. Un début de curiosité m’anime et j’essaie de me convaincre de rentrer dans la ruine pour l’assouvir. En dépit du bon sens, je me retrouve toujours incapable de faire le moindre geste, confus et frustré.

Diantre ! Je ne sais que faire, à part gaspiller inutilement mon essence, tout en prenant le risque de m’intoxiquer par mes propres fumées d’échappement, dont l’odeur âcre m’entoure. Je dramatise peut-être un peu à cause du stress. Cet imprévu me contrarie au plus haut point en remettant en question tout mon programme ! J’aurais dû commencer par corrompre une personne plus résistante pour mieux assurer mes arrières. D’ailleurs, je ne me base que sur des spéculations, rien ne me dit que la momie a passé l’arme à gauche.

Finalement, j’ai déjà éteint le contact et posé mon deuxième pied au sol. L’oppressante sensation de poids sur ma poitrine ne me quitte pas et je sens ma gorge s’assécher, me faisant regretter de ne pas avoir pris avec moi ma mignonne petite flasque américaine. Dieu sait que j’aurais besoin d’une bonne rasade de whisky à cet instant précis ! Les rideaux de la chambre s’agitent et je devine que l’on doit m’observer. Bon allez, c’est parti ! Je mise sur mes fabuleuses capacités d’adaptation et d’improvisation. Après tout, je suis quelqu’un de modeste et intelligent, de telles qualités me permettant de triompher de tout.

Je retire mon casque en inspirant aussitôt une grande bouffée de cet air frais trop humide et passe une main moite, nerveuse, dans les satanées queues de cochon qui me servent de cheveux. Même si je ne les aime pas, je ne m’abaisserai jamais à faire usage d’un lisseur, comme me l’avait suggéré ma taquine complice de l’époque. Ce souvenir m’étire les lèvres d’un franc enjouement, puis mon visage se crispe en songeant que je vais enfin la revoir en face à face. Diantre ! Aujourd’hui, j’ai vraiment honte de cette inhabituelle faiblesse, loin de l’homme implacable que je suis.

Je m’arme de mon sac sans prendre la peine de me délester de ma combinaison, que j’assimile à une impénétrable cuirasse. Les motards ont toujours eu un charisme plus développé que les automobilistes, surtout auprès de la gent féminine. Quoiqu’après réflexion, je ne me frotterais pas à un conducteur de Lamborghini. Malgré tout, j’espère que ma tenue aura l’effet escompté sur mademoiselle.

Même si ce n’est pas dans ma façon de faire, je frappe trois coups secs sur le battant et trépigne sur le paillasson en attendant que l’on daigne m’ouvrir. Je calcule qu’il y a de fortes chances pour que ce soit elle qui ait d’ailleurs cet honneur. Je me sens fébrile et me balance d’une jambe sur l’autre, renouant avec mon ancien toc d’adolescent. Je couve peut-être une maladie, bien que cela me paraisse très improbable, vu que je jouis d’une santé exceptionnelle. J’entends des pas se rapprocher. La poignée s’abaisse. Je retiens mon souffle alors que la sublime créature apparaît.

Un ange passe. L’air semble se charger d’électricité et nos regards se croisent pour ne plus se quitter. Je plonge dans le lac vert aux reflets bleus de ses prunelles et je m’y noie. Mon esprit est immédiatement assailli d’un torrent d’images. Je me rappelle de nos lèvres humides glissant les unes contre les autres, de nos corps embrasés s’entrechoquant avec cette intensité animale, et surtout de ce bonheur absolu de me sentir enfin complet à ses côtés. Mon sang bout dans mes veines et si je laissais mon instinct me guider, je serais déjà en train de la plaquer contre le mur pour lui montrer la puissance de mon désir.

Pourtant, l’innocente biche qui se tient devant moi et qui ressemble en tout point à mon Aimée ne m’intéresse pas encore. Pas tant qu’elle ne se souviendra pas de qui elle est réellement. Ce simple fait suffit à refroidir mes ardeurs et je me compose un sourire qui la fait rougir et balbutier :

— Vous… vous êtes ?

Ce que j’ai pressenti se confirme bel et bien : elle a perdu la totalité de sa mémoire, ce n’est donc pas un simulacre. Je suis déçu, car j’avais l’infime espoir qu’il en soit autrement, ou que quelque chose subsiste. Il va donc me falloir redoubler de ruses pour qu’elle me revienne entière et pas dans cette pseudo version. Ma tâche sera d’autant moins facile, car à cause de mes sentiments, je suis incapable de l’influencer.

— Je suis l’infirmier. Grégory pour vous, réponds-je d’une voix involontairement rauque. Je suppose que vous êtes Pauline ? Madame Martinez m’a beaucoup parlé de vous. Je suis étonné de vous voir encore ici… Tout va bien ?

Je feins l’inquiétude et elle reste muette, plantée dans le chambranle, la main toujours sur la porte dans l’inquiétante perspective de me la claquer au nez. Son malaise presque palpable commence à m’amuser et je hausse les sourcils en fixant le battant :

— Oh ! s’exclame-t-elle. Excusez-moi, entrez !

Machiavélique Reconquête en avant première

À l’occasion de la sortie prochaine de notre nouveau titre de la collection Lune d’Amarante, consacrée à la Romance, nous vous proposons une avant-première de la version numérique.

En effet, vous pouvez dès à présent vous procurer le e-book (en pdf, mobi ou epub) à notre boutique et en promotion jusqu’au 19 novembre inclus.

Une petite présentation s’impose :

Romance paranormale d’Amandine Forgali et Aurore Carlier.

Présentation :

« En sauvant un enfant de la noyade, ma belle Pauline s’est métamorphosée : non seulement la Louve manipulatrice est devenue une Bergère empathique, mais pire encore, elle n’a plus aucun souvenir de son passé avec moi ni de notre amour.

Mais maintenant que j’ai enfin retrouvé sa trace, je suis prêt à tout pour la reconquérir, même aux manigances les plus… machiavéliques ! »

Un extrait

Prologue

Je m’approche du stand à journaux et comme à mon habitude, je feuillète à même le présentoir les différents magazines afin d’en sélectionner quelques-uns à emporter avec moi. Comme chaque jour, le gérant fronce un sourcil et plisse le nez de colère, puis face à mon ignorance, il se penche dans ma direction pour me lancer son sermon avec énervement :

Hey, monsieur, on ne lit pas sur place, soit vous achetez, soit vous partez !

Sans interrompre ma prospection, je me contente de lever les yeux pour croiser les siens et lui réponds avec acidité en usant de mon talent :

Laisse-moi tranquille et prendre ce que je veux.

Le gringalet d’une vingtaine d’années à côté de moi en train de lorgner les revues érotiques tressaute et nous observe, prêt à assister à une violente confrontation. En même temps, vu la carrure du kiosquier, digne rejeton d’un gorille ayant copulé avec un grizzli géant, il ne doit pas donner cher de ma peau. Contre toute attente, cette force de la nature se mure dans le silence, tandis que je m’empare d’un magazine automobile et d’un hebdomadaire régional. Suivi par le regard émerveillé du gamin, je traverse la place – évidemment sans payer – pour me rendre dans le café d’en face. En m’attablant dehors, un serveur vient rapidement s’enquérir de mes besoins et sous mes ordres hypnotiques, il me rapporte aussitôt mon arabica. J’aime que les choses se passent ainsi, sous mon contrôle total. Soudain, je m’aperçois que le jeune imprudent trop confiant tente une manœuvre similaire à la mienne en volant des publications. Ni une ni deux, il se prend une claque mémorable qui manque de peu de me faire avaler ma boisson de travers. L’idiot ! Il a dû se sentir pousser des ailes ou pensait peut-être posséder le même charisme que moi. Sans demander son reste, l’adolescent humilié repart en courant avec une joue écarlate. Le sourire aux lèvres, je me replonge dans la rubrique des faits divers quand un article attire mon attention. Non, je n’y crois pas ! Je déchire la feuille et l’expose à la timide lumière de ce soleil matinal pour mieux voir la photo. Erreur fatale, car cela fait ressortir tous les caractères inscrits au verso. Je l’étale alors sur la table et mets quasiment mon nez sur le papier pour discerner plus nettement les personnages sur le cliché. Dès que mes doutes font place à des certitudes, je bondis de ma chaise et traverse quelques rues pour trouver un taxi. Mes recherches étant vaines, je m’arrête à un feu routier, et après quelques minutes à étudier les différents véhicules défilant à côté de moi, je choisis de toquer à la fenêtre d’une somptueuse Audi A3 noire flambant neuve. L’interpelé, étonné, ouvre deux centimètres de vitre pour me demander avec méfiance :

Vous voulez quoi ?

Faites-moi rentrer, ordonné-je.

Il retire les sécurités verrouillant les portes et je m’installe confortablement sur le siège passager.

Je dois me rendre à Mauvezin, lui dis-je sur le ton de la conversation.

Mais je ne sais pas où c’est, moi, et je ne suis pas un taxi, bon sang ! s’exclame-t-il, excédé.

Ben, ce n’était pas très loin de là où je vivais autrefois. Conduis-moi là-bas, ensuite je ferai le nécessaire, enfin tu feras le nécessaire, pour me faire une donation en bonne et due forme de ta voiture.

Vu que j’ai utilisé ma particularité pour le convaincre, celui-ci s’exécute tel un adorable petit mouton.

Ne t’inquiète pas, on fera l’aller-retour, je vais juste vérifier si je dois m’y installer ou pas.

Mon taxi improvisé semble s’étrangler de rage, mais sa volonté annihilée par la mienne me mène contre son gré jusqu’à ce bourg paisible dans lequel je vais pouvoir pousser mes investigations.

 

1.

Merci pour tout, ma chère Pauline. Vous êtes un ange !

Madame Martinez prend mes mains dans les siennes et m’adresse un sourire affectueux empreint d’une immense gratitude. Cette octogénaire, que la vie n’a pas épargnée, rentre d’une hospitalisation suite à une vilaine chute dans sa cuisine. Aujourd’hui, elle est enfin de retour à son domicile, mais reste extrêmement fragilisée et semble particulièrement affaiblie par cette épreuve supplémentaire.

Un ange… Ce mot a toujours un drôle d’effet sur moi quand je l’entends, un peu comme s’il sonnait faux. Pourtant, je devrais y être habituée, on me surnomme ainsi assez régulièrement depuis quelques années. Il est vrai que je suis une femme adorable, mais de là à me comparer à un ange, il ne faut pas exagérer non plus… Quoique…

Mais non, madame Martinez, je ne suis pas un ange. C’est la moindre des choses d’aider son prochain dans les mauvais moments. Je serai toujours là quand vous en aurez besoin. Toujours, c’est entendu ?

Ses yeux couleur émeraude se noient sous l’émotion, puis avec une vigueur inattendue, elle m’attrape par les épaules et me serre dans ses bras. Quelque peu gênée par cet élan de tendresse – et n’étant pas vraiment adepte de ce genre de démonstration –, je lui rends son étreinte du mieux que je le peux.

Je vais me mettre au travail, d’accord ? Par quoi voulez-vous que je commence, ce matin ?

Cette fois, j’aimerais que nous discutions, si vous le voulez bien. Vous savez, ma petite Pauline, à l’hôpital j’étais dans la même chambre qu’une vieille folle qui bavassait du matin au soir et du soir au matin, oui, car même la nuit, elle trouvait le moyen de jacasser. Il fallait entendre son épouvantable soliloque ! Il m’était impossible d’en placer une. Elle parlait tellement qu’elle parvenait à couvrir le son de la télévision. Je lui aurais volontiers fourré mon journal dans la bouche, mais la bienséance veut qu’on ne fasse aucun mal aux personnes âgées. Pourtant, je vous assure que ce n’était pas l’envie qui m’en manquait ! Ce genre de bonne femme me donnerait presque envie de rétablir la peine de mort !

Je ris de sa dernière remarque, imaginant une querelle entre les deux colocataires à coup d’aiguilles à tricoter.

Mon Dieu, voyez comme elle a déteint sur moi… J’entame à mon tour un monologue ininterrompu.

Madame Martinez passe une main sur son front en signe d’épuisement et poursuit :

Servez-nous donc un petit café et papotons un peu. J’ai envie que vous me parliez de vous, de votre vie. Je réalise que vous travaillez pour moi depuis six ans maintenant et que je ne connais presque rien de vous. Vous êtes une personne si secrète, si mystérieuse. Vous seriez d’accord ?

C’est-à-dire que… je ne sais pas… Ça m’embête d’être payée à discuter…

Écoutez. Grâce à votre travail de ces derniers jours, la maison est propre, mon linge est lavé et repassé, et mon repas est prêt. Cela me ferait plaisir que nous passions un peu de temps ensemble pour mieux nous connaître. J’éprouve une grande affection pour vous, ma petite Pauline. S’il vous plaît…

On dit qu’arrivés à un certain âge, les gens redeviennent des enfants. En voyant le regard implorant de mon employeuse, similaire à celui d’une gamine quémandant un bonbon, je comprends la comparaison. Impossible de résister à ses yeux de cocker. Je prépare donc le café et dispose deux tasses sur la table de la salle à manger en chêne, recouverte d’une nappe à fleurs typique des années soixante. Je m’installe près de la vieille dame et observe un instant cette pièce, que je connais pourtant parfaitement. Ici, le temps s’est arrêté et chaque ustensile, chaque meuble, chaque objet de décoration symbolisent pour leur propriétaire un souvenir de son passé, souvent déplaisant, mais primordial à la survie de sa santé mentale. Pour exemple, cette ancienne machine à coudre achetée par sa mère, à crédit, durant la guerre afin de subvenir aux besoins de la maisonnée privée d’un père, mort au combat. Selon les dires de madame Martinez, cette vieille Singer avait usé les doigts de la matriarche jusqu’à ce qu’ils ne soient plus que des petits boudins difformes. Néanmoins, elle représentait la force et le courage d’une femme s’étant battue pour maintenir sa famille en vie.

Je verse le café chaud dans les récipients prévus et inspire profondément, comme si l’air pénétrant dans mes poumons avait le pouvoir de raviver au mieux les tréfonds de ma mémoire.

Je suis née il y a vingt-sept ans, à Montauban. Je pense avoir vécu une enfance relativement heureuse avec mes parents, dans un petit appartement d’un immeuble hors d’âge.

Vous avez des frères et sœurs ? m’interrompt mon interlocutrice.

Non, je suis fille unique. Mon père est décédé lorsque j’avais quatorze ans, ce qui a eu pour effet de me métamorphoser. L’enfant studieuse écoutant du Mozart s’est changée en perturbatrice, fan d’Iron Maiden.

Me souvenir de cette époque s’avère douloureux. Je n’étais pourtant pas malheureuse – enfin, je crois –, mais il me semble que je n’étais plus vraiment moi-même. Je n’étais qu’une enfant se cherchant perpétuellement, sans jamais se trouver réellement. Le décès de mon père m’a littéralement transformée… peut-être à cause de mon extrême hypersensibilité. Afin de chasser ce déplaisant souvenir, je ris :

Ma crise d’adolescence a rendu ma mère complètement chèvre. Le jour de mes dix-huit ans, avant même de passer mon baccalauréat, j’ai fui, apparemment avec un garçon rencontré lors d’une soirée en discothèque, ou un truc de ce genre.

Pourquoi dites-vous apparemment ?

Parce que je n’ai aucun souvenir de cette partie-là de ma vie. Je ne me rappelle pas de cet homme ni de ce que nous avons fait ensemble. J’ai disparu pendant trois longues années, durant lesquelles je n’ai donné aucun signe de vie à ma mère ni à mes amis. On m’a retrouvée un jour dans un lieu qui m’était totalement inconnu et je ne savais même pas comment j’y étais arrivée.

Le visage de madame Martinez s’assombrit. Elle plisse ses yeux, avide d’en savoir davantage. Je me tais, n’ayant rien de plus à lui raconter, troublée par un sentiment obscur à l’évocation de mon passé. Or la curiosité l’emportant sur la sagesse, la dame poursuit son interrogatoire :

Et après ?

Quoi, après ?

Où vous a-t-on trouvé ? insiste-t-elle.

Dans le bois d’Auch. Un couple de promeneurs m’a découverte inconsciente, allongée dans un fourré. J’ai été transportée à l’hôpital et lorsque je me suis réveillée, une partie de ma vie avait disparu de ma mémoire. Je ne voulais pas retourner près des miens, qui me paraissaient tellement loin de ce que j’étais devenue. Je ne sais pas comment l’expliquer, je savais juste que je n’étais plus celle qu’ils avaient connue. J’ai donc décidé de rester dans le Gers et plus particulièrement ici, à Mauvezin. À l’instant où mon pied s’est posé dans cette ville, mon cœur s’y est senti chez lui. La première année fut difficile, car il a fallu partir de rien. Je n’avais aucun diplôme, pas de voiture, pas de logement…

Je ferme mes yeux et cesse mon récit, n’ayant aucune envie de revivre ce douloureux épisode. L’octogénaire pose sa main frêle sur la mienne, regrettant son indiscrétion.

C’est la première fois que je raconte tout ça à quelqu’un… Maintenant, si vous me le permettez, je vais retourner à mes tâches. La salle d’eau a besoin d’un bon décrassage.

Pardon, Pauline. Je ne voulais pas… enfin… je souhaitais juste vous connaître mieux… Pardonnez-moi si je vous ai fait du mal, ce n’était pas mon intention…

Je le sais, madame Martinez. Je le sais. Vous avez été une des premières personnes à m’embaucher, donc l’une de mes bouées de sauvetage et rien que pour ça, je vous en suis redevable pour l’éternité. Tout comme madame Hilenberg, qui m’a tant aidée… Toutes les deux, vous êtes mes bonnes fées !

C’est vrai que Simone Hilenberg est une fée ! Jamais je n’ai vu autant de dévotion et de bienveillance chez une personne. Elle a beaucoup fait pour notre ville, vous savez ! Quant à vous, ma chère Pauline, vous n’avez rien à lui envier. Vous êtes bien la digne héritière de notre bienfaitrice…

Je dépose un furtif baiser sur sa joue rosie et esquisse un sourire pour lui signifier ma clémence. Comment pourrais-je en vouloir à une si gentille personne d’avoir eu un petit excès de curiosité ? Je décide d’alléger l’atmosphère par un trait d’humour :

Faites-moi plaisir maintenant : reposez-vous et cessez donc de faire des acrobaties dans votre cuisine. La pole dance, ce n’est plus de votre âge, voyons !

Madame Martinez rougit et s’exclame tout excitée :

Rhoo, c’est vrai… Et c’est bien dommage !

Aujourd’hui, j’ai eu six ans (extrait) – Spécial dédicace à celles et ceux qui nous suivent sur les réseaux sociaux ;)

Aujourd'hui j'ai eu 6 ans

Quatrième de couverture : Aujourd’hui, Arnaud fête son sixième anniversaire. Cerise sur le gâteau, pas d’école pour lui aujourd’hui, puisque son institutrice est malade. C’est Stéfy, sa baby-sitter, qui va s’occuper de lui. Elle a prévu une balade en bus, un Mc Do et une virée au parc avec sa copine de maternelle, Alison. Un jour idéal, en somme, jusqu’à l’arrivée d’une mystérieuse voiture noire.

Dans cette nouvelle pleine de candeur et tout en contrastes, Greg Quesne confronte son lecteur, à travers le regard d’un enfant, à l’injustice et à la violence gratuite, sinistres réalités du monde dans lequel nous vivons. Ce récit court, plus qu’une dénonciation, est un véritable appel à la prise de conscience.

Extrait : 

– J’ai envie de faire un château. Comme ça, tu seras le roi et moi, la reine.

– Oui, si tu veux. C’est une bonne idée. Tu as envie de le faire comment ton château ?

– Plus beau que celui d’Euro Disney !

– D’accord. Mais on a du boulot !

– Je vais t’aider, panique pas, Nono…

Une pelle à la main, je remplis un seau de sable. Alison fait la même chose de son côté. Elle démoule son seau pour faire la toute première tour. Je lui demande où je dois poser la mienne.

– Ici, ça sera parfait, me dit-elle.

Je lui propose qu’elle fasse les quatre coins de notre futur château pendant que je construis les murs pour nous protéger. D’un signe de tête, elle accepte. Sans un mot, nous montons les premières pierres de notre royaume. Pas un mot, juste des regards et des sourires…

Les quatre coins sont maintenant construits. J’aurais pensé qu’elle avait envie d’un château beaucoup plus grand. Nous sommes obligés de nous rapprocher l’un de l’autre pour ne pas détruire ce que nous venons de bâtir. De temps en temps, elle me donne des coups de coude quand elle remplit son seau de sable. Le contact de son coude dans mes côtes n’est pas désagréable, même si ça ne fait pas que du bien.

Ça y est, notre château est construit. Il est encore plus beau que celui de Cendrillon, enfin… à peu près.

Pendant qu’on continue notre palais, quatre grands arrivent dans le square. Ils sont habillés avec des survêtements et des baskets. Il y en a deux qui portent une casquette. Ils doivent avoir une mauvaise vue, leurs casquettes sont mises de travers. C’est pas beau. De la musique sort de je ne sais où. Je crois que c’est du rap. J’essaie de ne pas trop y faire attention, mais ils n’arrêtent pas de cracher partout. Ils ne sont pas très bien élevés, ces garçons. Il y en a un qui est complètement vautré sur un banc alors que les autres se sont assis sur le dossier et ils ont posé leurs pieds là où on pose nos fesses. C’est crado, surtout s’ils ont marché dans de la crotte de chien avant. Mais ce n’est pas grave, je suis avec Alison et je fais un château de sable qui va être le plus beau du monde de toute la terre entière !

Pendant que nous discutons de comment faire la décoration, Stéfy vient parler un peu avec nous. Elle parle à voix basse pour que les autres ne l’entendent pas.

– Les enfants, vous faites attention aux grands qui sont là-bas ne vous laissez pas embêter. Et s’il y a un problème, vous revenez directement nous voir. D’accord ? 

– Ne t’inquiète pas. On f’ra attention. Promis.

Alison se lève et enjambe le mur pour attraper dans son sac de jouets deux poupées et quelques trucs pour qu’on s’amuse. Elle lâche tout juste à mes pieds et revient s’asseoir avec moi. Alison me donne une poupée garçon habillée d’un jeans et d’une chemise. Elle garde pour elle la poupée princesse avec sa robe de bal. Le jeu commence.

– Voulez-vous du thé, mon prince ? Elle me tend sa poupée avec une théière coincée dans sa main en plastique.

– Avec grand plaisir.

– Désirez-vous du sucre avec ?

– Oui, deux. Merci.

– Plouf plouf, fait-elle en me mettant les sucres dans la tasse.

Je tourne la tête pour jeter un coup d’œil à Stéfy. Elle est en train de discuter avec Marianne. Elles fument leur cigarette tranquillement. Chez nous, personne ne fume. Mes parents ont interdit à Stéfy de fumer quand je suis là… Mais elle le fait quand même de temps en temps lorsqu’on est dehors. Je ne le dis pas à mes parents pour éviter qu’elle se fasse disputer. C’est notre petit secret à tous les deux. Elle et Marianne s’entendent bien. Elles se sont rencontrées quand Stéfy venait me chercher à l’école… quand Alison était encore dans la même classe que moi. Elles sont devenues tout de suite copines et se sont même donné leurs numéros de téléphone. C’est pratique, quand j’ai envie de voir Alison et que j’ai oublié de le dire à Maman.

Tiens, Kamel et toute la clique ont arrêté de jouer à chat perché. Ils ont sorti le ballon pour faire un foot. Moi, j’aime pas trop ça, le foot. Je préfère rester avec ma copine.

Tout à coup, j’entends un gros bruit qui vient de la rue. Je tourne la tête pour voir ce que c’est. C’est une grosse voiture noire qui vient de s’arrêter en bloquant ses roues comme dans les films d’action. Les portes s’ouvrent rapidement et trois grands en sortent. Ils entrent directement dans le parc en donnant un coup de pied dans le portail. Je sens Alison qui se colle à moi. Je n’ose pas bouger le moindre cheveu. J’aime bien quand elle est contre moi, même si, moi aussi, j’ai un peu peur. On a l’impression d’être à l’intérieur d’un film à la télé.

Couleur de sang (extrait)

Couleur de Sang de Nathy

Vous avez choisi un extrait de « Couleur de sang ». Le voici. D’autres viendront encore agrémenter et charmer vos yeux de lecteurs. C’est promis.
Ce titre numérique est dès à présent disponible sur toutes les plateformes de vente au prix de 0,99 €.
Amarante Éditions vous souhaite un excellent moment de lecture.

***

 

Ysabeau s’apprête à rendre visite à sa grand-mère au hameau voisin. La cahute où elle vit avec sa mère, à la lisière de la forêt, se trouve à plusieurs lieues. Les nouvelles de son aïeule sont bien tristes depuis quelque temps, si bien que celle-ci, gravement malade, a besoin de médications. Malheureusement, deux femmes connues pour leurs bons soins se sont mises à l’écart ; le vieux prêtre les ferait rôtir pour sorcellerie s’il le pouvait. La jeune fille, d’humeur légère, se dote d’un élégant chaperon et d’une cape de toile écarlate, un panier sous le bras où elle a déposé un pain, quelques fruits secs et les plantes et onguents nécessaires aux soins de la vieille femme.

— Ne passe pas par la forêt, Ysabeau, lui recommande sa mère. Il paraît que des loups affamés y rôdent. Si la nuit est tombée avant ton retour, reste donc chez ta grand-mère.

Mais la belle et innocente jouvencelle aime les bois, caresser l’écorce rugueuse des troncs, s’enivrer de l’odeur de la mousse, s’allonger sur le tapis de feuilles. Les parfums de ce jour d’hiver particulièrement clément embaument sa peau douce d’un suave parfum de fleurs. Ysabeau s’en va, chantonnant sur le chemin. Dès qu’elle n’est plus à portée de vue de la maisonnée familiale, elle bifurque vers les frondaisons pour prendre un sentier qu’elle connaît bien. Il est tôt et elle sera bien plus rapidement au village en passant par là. Elle a toujours perçu la forêt, inhospitalière selon les habitants du bourg, comme un lieu enchanté. Pour elle, il regorge de la magie des endroits féériques. Elle s’extasie devant les délicates toiles emprisonnées par une fine pellicule de givre, les feuilles qui craquent sous ses pieds légers, la mousse parsemée d’exquis cristaux aux mystérieux dessins. Ysabeau chante de sa voix claire, danse, virevolte, tandis que ses longues boucles dorées s’échappent de sa coiffe. Elle rit quand une brise tiède s’engouffre dans sa chevelure alors qu’elle arrive aux abords du puits où elle vient régulièrement s’asseoir. Son chaperon enlevé, elle l’abandonne sur la margelle et pose le panier à ses pieds. Ysabeau entame une ballade aux sonorités enjouées. Toute la faune se fait muette pour écouter la belle.
La mystérieuse créature, attirée par la joyeuse mélopée, s’avance, observe. La jeune fille nimbée de soleil lui apparaît tel un ange descendu du ciel. La bête tend l’oreille, subjuguée par la merveilleuse et enchanteresse voix de la ravissante humaine. Une bourrasque soulève le capuchon et le dépose devant ce gardien des lieux. Il se penche, saisit la coiffe, en hume l’arôme et ferme les yeux, grisé par la douce fragrance. Affriandé par la vue enchanteresse, le cœur en émoi, il s’arrête à quelques pas de la délectable pucelle. D’un geste plein d’élégance, il lui tend son chaperon envolé.

— Je crois que ceci vous appartient.

Ysabeau sursaute, crie de frayeur puis se tait, captivée par les prunelles topaze de l’homme qui lui fait face.

— Je ne voulais point vous effrayer, pardonnez-moi.

Elle est si belle avec ses lèvres couleur de framboise, son teint de pêche, ses yeux telles deux émeraudes et cette peau qui semble si douce. Il a tant envie d’étreindre cette femme adorable. Il aimerait en savourer le goût sur sa langue. Et si la bête qui est tapie en lui se réveillait… que lui ferait-elle ?

Un sourire éclatant illumine le visage d’Ysabeau, tout aussi charmée par son inattendu vis-à-vis. Deux êtres si différents, deux cœurs battant à l’unisson, le monstre et la belle ingénue. Il lève une main hésitante vers les traits angéliques, car il a peur qu’elle ne soit qu’une illusion. Elle ferme les paupières, tremble d’émoi ; ses lèvres entrouvertes laissent échapper un souffle à peine perceptible. Le contact de la paume sur sa joue est chaud, tellement agréable. Il caresse du bout des doigts la tendre pommette, effleure la bouche offerte, descend le long du cou gracile . Il ne peut quitter du regard celle qui vient d’éveiller tous ses sens. La jeune fille est bouleversée devant tant de beauté, de douceur. Pas un instant elle ne songe à fuir ce mystérieux inconnu tout de rouge vêtu. Ses iris orangés l’envoûtent et elle perd tout contrôle. Un gémissement instinctif s’échappe de la gorge de l’homme. Il la désire. Il enroule son bras autour de sa taille fine et la plaque contre lui. Leurs lèvres s’unissent, s’effleurent, se goûtent. Leurs langues humides se cherchent, se caressent, se perdent pour mieux se retrouver. Ils s’égarent. Les arbres murmurent, les branches frémissent. Il desserre son étreinte, le souffle court. Il ne sait plus où il est ni ce qu’il lui a pris d’embrasser ainsi une humaine. Ysabeau rouvre les yeux, le cœur battant à tout rompre. Ses joues s’empourprent au souvenir de cet intense et fougueux baiser. Les sensations qu’elle ressent encore la font vibrer. Elle aimerait une fois de plus s’offrir à son étreinte, mais, embarrassée, elle prend alors conscience qu’elle ignore tout de lui. Confuse, elle saisit son capuchon, son panier et s’enfuit, rouge de honte.

Résultats du concours des 350 j’aime et des deux mois d’Amarante

Voici les résultats du concours :

Remporte l’e-book Anamorphose de Nathy + 2 titres au choix chez Amarante : @Magali Lafont
Remportent un e-book au choix dans le catalogue Amarante : @Abby Soffer et @Florence Mattei LecturesaFlo-ts. Merci de vous manifester par MP pour le choix de vos titres parmi :

Romances
Eve TERRELLON, Le Tigre de la Destinée (novella historique)
Nathy, Couleur de Sang (romance sous forme de conte)
Greg QUESNE, Premières fois (romance onirique)
Sylvia S., Par-delà le Comté d’Arkham (romance fantasy érotique)
COLLECTIF, Love goes by two  (anthologie LGBT)
Manuel RUIZ, La dentelle du Colorado (romance historique érotique)

Littérature contemporaine :
Greg QUESNE, Aujourd’hui, j’ai eu six ans

 

Félicitations aux gagnantes et que les autres ne se désolent pas. D’autres concours les attendent.

Par-delà le Comté d’Arkham (extrait) de Julia S.

Nouvelle couverture pour Par-delà le Comté d’Arkham. Cela se fête par un extrait. Il est disponible en téléchargement sur tous les sites de vente au prix de 1,49 €.

 

Présentation :

Le temps est venu pour Maelys, jeune enchanteuse, de faire une démonstration de ses talents pour intégrer la Confrérie.
Elle devra pour cela voyager dans des terres inhospitalières, par delà le comté d’Arkham, où vit le terrible magicien noir.
Mais les tentations sont nombreuses pour une adolescente à la sensualité débridée, et le risque de s’égarer en chemin est grand…

***

Extrait : 

Maelys avait toujours eu du mal à résister à la gourmandise, mais la luxure ne faisait jusqu’ici pas partie de ses défauts. « Juste une fois, une seule, et après tu seras pure autant que tu veux, pour tout le reste de la longue vie de compagnon-magicien » lui murmura une petite voix tentatrice dans sa tête. Maelys déglutit, ne sachant plus quelle attitude adopter. L’homme perçut son hésitation et lui dit « Non ? » en la plaquant de nouveau contre le mur.

Ses mains se posèrent sur ses hanches, et glissèrent lentement sous son chemisier, caressant son ventre. Elle vit poindre dans ses yeux une lueur de désir, et quand ses lèvres effleurèrent les siennes elle ferma les paupières, emportée par des sensations nouvelles. Sa bouche et ses doigts étaient frais, alors que le corps de Maelys brûlait de l’intérieur. Elle tendit instinctivement son bassin vers le sien, mais il l’attrapa par les bras et la repoussa contre les pierres glacées.

— Pas ici, chuchota-t-il en regardant la foule. Viens.

Il la prit par la main et ils sortirent par une petite porte à l’arrière de la cour. La nuit était totale, et l’air se rafraîchissait. Maelys se sentait un peu étourdie, mais se laissa guider. Sa poche la tirailla soudain ; elle ouvrit son esprit et perçut enfin les hurlements intérieurs du Dé.

— Mais comment peux-tu faire confiance à cet homme que tu ne connais même pas ? Il veut juste t’utiliser. Et ta mission, tu l’as oubliée ? Tu ne devais révéler l’existence de la confrérie à personne, je te le rappelle. J’espère que tu ne lui as rien dit pour moi parce que sinon il va essayer de me posséder et ça je ne pourrai jamais le supporter…

— Chut, calme-toi, je veux simplement m’amuser un peu et glaner quelques informations, c’est tout. Je ne lui ai pas parlé de toi. Il doit penser que la magie vient entièrement de moi.

— Je ne suis pas sûr qu’il soit dupe. Cet homme est un magicien confirmé, je sens sa puissance d’ici… Alors que tu n’es qu’une novice qui ne sait même pas se servir seule de son pouvoir. Va-t’en pendant qu’il est encore temps !

— Non.

— Tu n’es vraiment qu’une gamine immature ! Tu ferais mieux de retourner chez la vieille dame, cette madame Rose, elle avait l’air très bien…

— C’est ça ! Parler tricot, boire des tisanes… J’en rêve.
— Je refuse que tu partes avec cet inconnu.
Maelys respira bruyamment. La moutarde lui montait au nez. Le Dé allait lui gâcher la

soirée. S’il se sentait en danger ou la pensait menacée, il pouvait se montrer insupportable.

— Bon, écoute, je te poserai à l’entrée, tu n’auras qu’à prendre l’apparence d’une pierre, je te récupérerai en sortant.

— Très bien, laisse-moi tomber, persifla le Dé, vexé.

— Tu seras en sécurité, et moi à l’abri de tes jérémiades. De plus, je ne suis pas sûre que tu veuilles assister à nos ébats ?

Le Dé s’enferma dans un silence outré, pendant que l’homme la menait chez lui. Ils marchèrent quelques dizaines de mètres, puis parvinrent devant une maisonnette coquette aux murs de briques rouges. Une fumée odorante s’échappait de la cheminée, une lumière chaude filtrait derrière une fenêtre. Maelys laissa tomber le Dé discrètement à deux mètres de la porte. Celui-ci se changea en une pierre terne qui se mélangea aux autres.

L’homme se tourna vers elle, et avant qu’elle ait pu dire quoi que ce soit, il la prit dans ses bras pour franchir le seuil. En sentant ses mains chaudes contre son corps, elle eut l’impression de défaillir. Ils pénétrèrent dans un hall aux murs lambrissés, au parquet de chêne clair. La maison était propre et chaleureuse. Son hôte laissa tomber ses clefs sur un petit guéridon, à côté d’une lampe à l’abat-jour de toile jaune, et déposa Maelys sur le sol.

Celle-ci ôta son manteau et lui tendit. Elle s’empourpra en voyant son regard concupiscent s’attarder sur son corps.

— Tu as faim ? — Non, c’est bon.

— Sans doute as-tu envie d’autre chose, susurra-t-il en se collant à elle et en l’embrassant doucement.

Maelys déglutit, ses mains tremblaient. Elle le repoussa.

— Attends, fit-elle en faisant appel à toute sa raison pour ne pas sombrer instantanément. Parle-moi d’abord du magicien noir.

L’homme la dévisagea et lui toucha la joue.
— Que veux-tu savoir ?
— À quoi ressemble-t-il, quels sont ses pouvoirs ?
— Mmh, murmura-t-il en se rapprochant d’elle. Il est très âgé, mais d’une grande force

physique.
Il la souleva d’un bras, caressa son dos sous son chemisier.
— Si tu n’y prends pas garde, il te volera ton âme et ta jeunesse. Je ne crois pas que tu sois

de taille à le vaincre, petite fille.
Ses mains glissèrent sur son ventre, s’attardèrent sous le galbe de ses seins, pendant que ses

lèvres chaudes se posaient sur le cou de Maelys. Celle-ci se mit à gémir, puis se reprit et lui dit : — Tu vas m’aider ?
— Bien sûr, souffla-t-il, les pupilles dilatées par la convoitise. Mais d’abord, je te fais visiter. Il l’entraîna au bout du couloir, poussa la porte de bois peint, l’invita à rentrer d’un geste.

Maelys pénétra à l’intérieur de la pièce, une chambre minuscule, mais coquette où trônait un lit moelleux. La lueur tremblante d’une chandelle vacillait sur les cloisons lambrissées sur lesquelles Maelys aperçut plusieurs gravures anciennes, des scènes de boudoir où se pavanaient de belles dames en tenue affriolante. Sur le mur du fond, des rideaux de brocart pourpre ondulaient au gré du vent.

— Ça te plaît ? lui susurra l’homme à l’oreille, son torse puissant collé contre son dos.

Maelys se retourna brusquement en rougissant. Quel mufle ! Il n’avait pas du tout l’intention de répondre à ses questions, il ne pensait qu’à la bagatelle… Elle posa ses paumes sur sa poitrine pour le repousser, mais la faim impérieuse qu’elle lut dans ses yeux lui fit perdre toute force. Elle laissa glisser ses doigts de ses pectoraux vers ses abdominaux dont elle palpa la fermeté malgré la fine tunique de lin. Une envie brutale, animale, lui tordit le bas-ventre. Quand il approcha sa bouche de la sienne et s’empara de ses lèvres, elle sentit ses mamelons se durcir. Il déboutonna son chemisier, enveloppa un de ses seins d’une main, tandis que l’autre effleurait son entrejambe. La caresse de ses doigts sur sa peau à travers le tissu la mit au supplice. Sa respiration devint saccadée, ses gestes maladroits. Il l’aida à dégrafer son pantalon et le retira, puis la souleva de terre. Elle enroula ses cuisses autour de sa taille musclée et perçut la bosse dure de son sexe contre le sien. Il lui plaqua le dos contre le mur et commença à bouger, en un lent va-et-vient qui lui enflamma les sens. Elle était nue comme un ver et lui, toujours vêtu. Elle gémit de frustration et tenta de le déshabiller, mais il lui saisit les bras et les emprisonna d’une poigne ferme, les leva au-dessus de sa tête. Elle se cambra, la position étant inconfortable et presque douloureuse. L’homme écarta légèrement son visage du sien et la fixa, semblant se délecter de sa souffrance. Il continuait à se frotter contre elle tel un animal en rut, en émettant des bruits sourds. Elle sentit le plaisir monter par vagues, un peu plus haut à chaque coup de boutoir. Au moment où l’orgasme éclata, elle cria et s’abandonna.

— Regarde-moi, gronda son tortionnaire d’un ton impérieux.

Elle releva les paupières et se perdit dans ses iris bleus. Ce regard… ce n’était pas normal, quelque chose clochait…

© Amarante Editions, 2017

 

 
 
 

 

 

 
 
 

Nouvelle sortie : Par-delà le Comté d’Arkham

Nouvelle de fantasy érotique soft

Présentation :

Le temps est venu pour Maelys, jeune enchanteuse, de faire une démonstration de ses talents pour intégrer la Confrérie.
Elle devra pour cela voyager dans des terres inhospitalières, par delà le comté d’Arkham, où vit le terrible magicien noir.
Mais les tentations sont nombreuses pour une adolescente à la sensualité débridée, et le risque de s’égarer en chemin est grand…

Nouvelle sortie : La Dentelle du Colorado

Au Colorado, la belle Margareth Dallard prend la diligence pour Fort-Laramie. Or, nous sommes en 1862, en pleine Guerre de Sécession. Espions sudistes, Indiens en révolte, trafiquants de chevaux et hors-la-loi ont fait du Far West une poudrière confuse et dangereuse. Heureusement, dans la diligence, Margareth rencontrera le jeune et séduisant Alan Cork, aventurier de la Frontière qui ne demeure pas indifférent au charme de la jeune femme. Ensemble, ils traverseront l’Ouest périlleux, affronteront les ennemis et tenteront de sauver le Colorado de l’invasion. Ensemble, ils iront vers la délivrance, et vers l’amour.

Collection Lune d’Amarante

Nouvelle sortie : Love goes by two

Ils-elles sont jeunes ou moins jeunes, aiment les hommes, les femmes, ou les deux. Lesbiennes, gays, bis ou transgenres, qu’ils découvrent de nouvelles inclinations ou aient assumé depuis longtemps leurs préférences, leur cœur vibre à la naissance d’un amour. Loin des clichés, cette anthologie présente des histoires où la force et la pureté des sentiments l’emporte sur les préjugés.

Auteurs: Sébastien Mercier, Siobhán Guégan, Jérôme Bertin, Reru, Ruichan, Barbara Cordier, Sylvie Leroux-Riez, Elena de Sonio, Barbara Choukroun, Émilie Querbalec, Marielle Ranzini

Sous la direction de Chloé Boffy.