Machiavélique reconquête (extrait)

Nous vous l’avions promis, le voici. Une excellente découverte à toutes et à tous.

Machiavélique reconquête d’Amandine Forgali et Aurore Carlier sort ce 15 novembre prochain au petit prix de 2,99 €.

Quatrième de couverture :

« En sauvant un enfant de la noyade, ma belle Pauline s’est métamorphosée : non seulement la Louve manipulatrice est devenue une Bergère empathique, mais pire encore, elle n’a plus aucun souvenir de son passé avec moi ni de notre amour.

Mais maintenant que j’ai enfin retrouvé sa trace, je suis prêt à tout pour la reconquérir, même aux manigances les plus… machiavéliques ! »

Extrait :

Même si j’avais prévu de la voir à un moment donné, sa voiture encore garée devant chez l’aïeule me trouble, car Pauline devrait déjà avoir terminé son service. Tandis que je m’efforce de trouver une explication plausible, mon cœur se met soudainement à palpiter, comme celui d’un adolescent de quinze ans. À ce trouble se rajoutent mes pensées, qui s’entassent pêle-mêle dans ma tête, dans une cacophonie insensée. La première idée qui me vient à l’esprit : braquer mon fidèle destrier dans le sens du soleil couchant, pour éviter cette confrontation inopportune. Toutefois, mon égo masculin affublé de ma fierté mal placée m’incite plutôt à affronter le danger. De quel danger je parle ? Ce petit bout de femme adorable d’à peine un mètre soixante au regard perçant ne peut pas me faire grand-chose. À la rigueur, la bique décrépie dont elle s’occupe me fait davantage peur.

Pourtant j’hésite, campé sur ma moto, moteur toujours allumé, mes yeux fixés sur cette dérangeante Twingo rose bonbon comme si je pouvais la faire disparaître grâce à mes dons de téléportation. Or, à mon grand regret, ceux-ci ne font pas partie de ma palette de super-méchant. Qu’a-t-il pu arriver à cette vieille peau qui puisse retenir ainsi Pauline ? La fugitive possibilité d’une mort brutale irradie mes neurones. Il est vrai que le tas d’os ne respirait pas la santé ces derniers temps, surtout que mon Influence a tendance à être fatigante pour ceux qui la subissent. Cependant, l’absence de véhicules médicalisés semble infirmer mes propos. Un début de curiosité m’anime et j’essaie de me convaincre de rentrer dans la ruine pour l’assouvir. En dépit du bon sens, je me retrouve toujours incapable de faire le moindre geste, confus et frustré.

Diantre ! Je ne sais que faire, à part gaspiller inutilement mon essence, tout en prenant le risque de m’intoxiquer par mes propres fumées d’échappement, dont l’odeur âcre m’entoure. Je dramatise peut-être un peu à cause du stress. Cet imprévu me contrarie au plus haut point en remettant en question tout mon programme ! J’aurais dû commencer par corrompre une personne plus résistante pour mieux assurer mes arrières. D’ailleurs, je ne me base que sur des spéculations, rien ne me dit que la momie a passé l’arme à gauche.

Finalement, j’ai déjà éteint le contact et posé mon deuxième pied au sol. L’oppressante sensation de poids sur ma poitrine ne me quitte pas et je sens ma gorge s’assécher, me faisant regretter de ne pas avoir pris avec moi ma mignonne petite flasque américaine. Dieu sait que j’aurais besoin d’une bonne rasade de whisky à cet instant précis ! Les rideaux de la chambre s’agitent et je devine que l’on doit m’observer. Bon allez, c’est parti ! Je mise sur mes fabuleuses capacités d’adaptation et d’improvisation. Après tout, je suis quelqu’un de modeste et intelligent, de telles qualités me permettant de triompher de tout.

Je retire mon casque en inspirant aussitôt une grande bouffée de cet air frais trop humide et passe une main moite, nerveuse, dans les satanées queues de cochon qui me servent de cheveux. Même si je ne les aime pas, je ne m’abaisserai jamais à faire usage d’un lisseur, comme me l’avait suggéré ma taquine complice de l’époque. Ce souvenir m’étire les lèvres d’un franc enjouement, puis mon visage se crispe en songeant que je vais enfin la revoir en face à face. Diantre ! Aujourd’hui, j’ai vraiment honte de cette inhabituelle faiblesse, loin de l’homme implacable que je suis.

Je m’arme de mon sac sans prendre la peine de me délester de ma combinaison, que j’assimile à une impénétrable cuirasse. Les motards ont toujours eu un charisme plus développé que les automobilistes, surtout auprès de la gent féminine. Quoiqu’après réflexion, je ne me frotterais pas à un conducteur de Lamborghini. Malgré tout, j’espère que ma tenue aura l’effet escompté sur mademoiselle.

Même si ce n’est pas dans ma façon de faire, je frappe trois coups secs sur le battant et trépigne sur le paillasson en attendant que l’on daigne m’ouvrir. Je calcule qu’il y a de fortes chances pour que ce soit elle qui ait d’ailleurs cet honneur. Je me sens fébrile et me balance d’une jambe sur l’autre, renouant avec mon ancien toc d’adolescent. Je couve peut-être une maladie, bien que cela me paraisse très improbable, vu que je jouis d’une santé exceptionnelle. J’entends des pas se rapprocher. La poignée s’abaisse. Je retiens mon souffle alors que la sublime créature apparaît.

Un ange passe. L’air semble se charger d’électricité et nos regards se croisent pour ne plus se quitter. Je plonge dans le lac vert aux reflets bleus de ses prunelles et je m’y noie. Mon esprit est immédiatement assailli d’un torrent d’images. Je me rappelle de nos lèvres humides glissant les unes contre les autres, de nos corps embrasés s’entrechoquant avec cette intensité animale, et surtout de ce bonheur absolu de me sentir enfin complet à ses côtés. Mon sang bout dans mes veines et si je laissais mon instinct me guider, je serais déjà en train de la plaquer contre le mur pour lui montrer la puissance de mon désir.

Pourtant, l’innocente biche qui se tient devant moi et qui ressemble en tout point à mon Aimée ne m’intéresse pas encore. Pas tant qu’elle ne se souviendra pas de qui elle est réellement. Ce simple fait suffit à refroidir mes ardeurs et je me compose un sourire qui la fait rougir et balbutier :

— Vous… vous êtes ?

Ce que j’ai pressenti se confirme bel et bien : elle a perdu la totalité de sa mémoire, ce n’est donc pas un simulacre. Je suis déçu, car j’avais l’infime espoir qu’il en soit autrement, ou que quelque chose subsiste. Il va donc me falloir redoubler de ruses pour qu’elle me revienne entière et pas dans cette pseudo version. Ma tâche sera d’autant moins facile, car à cause de mes sentiments, je suis incapable de l’influencer.

— Je suis l’infirmier. Grégory pour vous, réponds-je d’une voix involontairement rauque. Je suppose que vous êtes Pauline ? Madame Martinez m’a beaucoup parlé de vous. Je suis étonné de vous voir encore ici… Tout va bien ?

Je feins l’inquiétude et elle reste muette, plantée dans le chambranle, la main toujours sur la porte dans l’inquiétante perspective de me la claquer au nez. Son malaise presque palpable commence à m’amuser et je hausse les sourcils en fixant le battant :

— Oh ! s’exclame-t-elle. Excusez-moi, entrez !

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