Aujourd’hui, j’ai eu six ans (extrait) – Spécial dédicace à celles et ceux qui nous suivent sur les réseaux sociaux ;)

Quatrième de couverture : Aujourd’hui, Arnaud fête son sixième anniversaire. Cerise sur le gâteau, pas d’école pour lui aujourd’hui, puisque son institutrice est malade. C’est Stéfy, sa baby-sitter, qui va s’occuper de lui. Elle a prévu une balade en bus, un Mc Do et une virée au parc avec sa copine de maternelle, Alison. Un jour idéal, en somme, jusqu’à l’arrivée d’une mystérieuse voiture noire.

Dans cette nouvelle pleine de candeur et tout en contrastes, Greg Quesne confronte son lecteur, à travers le regard d’un enfant, à l’injustice et à la violence gratuite, sinistres réalités du monde dans lequel nous vivons. Ce récit court, plus qu’une dénonciation, est un véritable appel à la prise de conscience.

Extrait : 

– J’ai envie de faire un château. Comme ça, tu seras le roi et moi, la reine.

– Oui, si tu veux. C’est une bonne idée. Tu as envie de le faire comment ton château ?

– Plus beau que celui d’Euro Disney !

– D’accord. Mais on a du boulot !

– Je vais t’aider, panique pas, Nono…

Une pelle à la main, je remplis un seau de sable. Alison fait la même chose de son côté. Elle démoule son seau pour faire la toute première tour. Je lui demande où je dois poser la mienne.

– Ici, ça sera parfait, me dit-elle.

Je lui propose qu’elle fasse les quatre coins de notre futur château pendant que je construis les murs pour nous protéger. D’un signe de tête, elle accepte. Sans un mot, nous montons les premières pierres de notre royaume. Pas un mot, juste des regards et des sourires…

Les quatre coins sont maintenant construits. J’aurais pensé qu’elle avait envie d’un château beaucoup plus grand. Nous sommes obligés de nous rapprocher l’un de l’autre pour ne pas détruire ce que nous venons de bâtir. De temps en temps, elle me donne des coups de coude quand elle remplit son seau de sable. Le contact de son coude dans mes côtes n’est pas désagréable, même si ça ne fait pas que du bien.

Ça y est, notre château est construit. Il est encore plus beau que celui de Cendrillon, enfin… à peu près.

Pendant qu’on continue notre palais, quatre grands arrivent dans le square. Ils sont habillés avec des survêtements et des baskets. Il y en a deux qui portent une casquette. Ils doivent avoir une mauvaise vue, leurs casquettes sont mises de travers. C’est pas beau. De la musique sort de je ne sais où. Je crois que c’est du rap. J’essaie de ne pas trop y faire attention, mais ils n’arrêtent pas de cracher partout. Ils ne sont pas très bien élevés, ces garçons. Il y en a un qui est complètement vautré sur un banc alors que les autres se sont assis sur le dossier et ils ont posé leurs pieds là où on pose nos fesses. C’est crado, surtout s’ils ont marché dans de la crotte de chien avant. Mais ce n’est pas grave, je suis avec Alison et je fais un château de sable qui va être le plus beau du monde de toute la terre entière !

Pendant que nous discutons de comment faire la décoration, Stéfy vient parler un peu avec nous. Elle parle à voix basse pour que les autres ne l’entendent pas.

– Les enfants, vous faites attention aux grands qui sont là-bas ne vous laissez pas embêter. Et s’il y a un problème, vous revenez directement nous voir. D’accord ? 

– Ne t’inquiète pas. On f’ra attention. Promis.

Alison se lève et enjambe le mur pour attraper dans son sac de jouets deux poupées et quelques trucs pour qu’on s’amuse. Elle lâche tout juste à mes pieds et revient s’asseoir avec moi. Alison me donne une poupée garçon habillée d’un jeans et d’une chemise. Elle garde pour elle la poupée princesse avec sa robe de bal. Le jeu commence.

– Voulez-vous du thé, mon prince ? Elle me tend sa poupée avec une théière coincée dans sa main en plastique.

– Avec grand plaisir.

– Désirez-vous du sucre avec ?

– Oui, deux. Merci.

– Plouf plouf, fait-elle en me mettant les sucres dans la tasse.

Je tourne la tête pour jeter un coup d’œil à Stéfy. Elle est en train de discuter avec Marianne. Elles fument leur cigarette tranquillement. Chez nous, personne ne fume. Mes parents ont interdit à Stéfy de fumer quand je suis là… Mais elle le fait quand même de temps en temps lorsqu’on est dehors. Je ne le dis pas à mes parents pour éviter qu’elle se fasse disputer. C’est notre petit secret à tous les deux. Elle et Marianne s’entendent bien. Elles se sont rencontrées quand Stéfy venait me chercher à l’école… quand Alison était encore dans la même classe que moi. Elles sont devenues tout de suite copines et se sont même donné leurs numéros de téléphone. C’est pratique, quand j’ai envie de voir Alison et que j’ai oublié de le dire à Maman.

Tiens, Kamel et toute la clique ont arrêté de jouer à chat perché. Ils ont sorti le ballon pour faire un foot. Moi, j’aime pas trop ça, le foot. Je préfère rester avec ma copine.

Tout à coup, j’entends un gros bruit qui vient de la rue. Je tourne la tête pour voir ce que c’est. C’est une grosse voiture noire qui vient de s’arrêter en bloquant ses roues comme dans les films d’action. Les portes s’ouvrent rapidement et trois grands en sortent. Ils entrent directement dans le parc en donnant un coup de pied dans le portail. Je sens Alison qui se colle à moi. Je n’ose pas bouger le moindre cheveu. J’aime bien quand elle est contre moi, même si, moi aussi, j’ai un peu peur. On a l’impression d’être à l’intérieur d’un film à la télé.

Laisser un commentaire